Sur les traces des Saints

29 juillet 2011

St Jean de la Croix (1542-1591)

Pour poursuivre la découverte des Saints que les jeunes vont apprendre à mieux connaître tout au long de ces JMJ, attardons-nous sur la vie de St Jean de la Croix.


 


Portrait :
« C’était un homme de taille moyenne, au visage grave et vénérable, un peu brun, à la physionomie agréable. Sa conversation était paisible, très spirituelle et utile pour ceux qui l’entendaient ou communiquaient avec lui. Sur ce point, il fut si singulièrement profitable que ceux qui lui parlaient, hommes et femmes, en revenaient spiritualisés, dévots et affectionnés en la vertu. Il avait une connaissance et des sentiments élevés de l’oraison et de la conversation avec Dieu et sur tous les doutes qu’on lui soumettait sur ces sujets, il répondait avec une haute sagesse, laissant ceux qui le consultaient très satisfaits et en grand progrès.
Il fut ami du recueillement et du peu parler. Il riait peu et de façon très modérée. Quand il faisait des réprimandes à titre de Supérieur –et il le fut souvent- c’était avec une douce sévérité, exhortant avec un amour fraternel, et tout cela avec une sérénité et une gravité admirable ». (Eliseo de los Martires)


« J’ai considéré souvent que, bien que ledit saint père frère Jean de la Croix fût un homme pas très beau, petit et mortifié et qu’il n’eût pas les dons qui dans le monde attirent le regard, malgré tout, je voyais transparaître en lui un je-ne-sais-quoi de Dieu, quand je levais les yeux pour le regarder ou pour l’entendre. Et quand je le regardais, il me semblait voir en lui une majesté plus grande qu’en aucun homme de la terre ». (Maria de San Pedro, Bea)


Son caractère :
Personnalité aux qualités contrastées, Jean de la Croix donne une impression d’harmonie et de paix. Par-delà ses gestes et ses paroles, c’est son « être » même qui dégage une présence qui impressionne beaucoup de gens : « Dieu Notre Seigneur lui avait donné une sainte noblesse, que tout le monde respectait ».


Homme sobre, il respire un air de liberté et de détachement dans tout ce qu’il est et dans tout ce qu’il fait. Les choses l’encombrent quand elles ne sont pas nécessaires. Autant il est sobre et austère pour lui-même, autant il est bienveillant et compréhensif pour les autres.


Homme profond et pénétrant, il était aussi à l’aise en interprétation biblique et en raisonnement théologique qu’en discernement spirituel.


Son état d’âme, sa conduite de vie et son gouvernement sont joyeux. Il ne s’agit pas d’une joie explosive. Il riait peu mais souriait beaucoup. Quand il était Supérieur, il souffrait de voir ses frères tristes ; sans attendre, il les emmenait à la campagne et leur donnait des adoucissements pour en finir avec leur tristesse.


Son enseignement : Voici quelques points essentiels :


1. Dieu révélé et caché. Jean de la Croix se présente comme un témoin fidèle du Dieu transcendant et proche : infini dans son mystère trinitaire, et proche dans sa relation d’amour miséricordieux avec l’homme.


2. Jésus-Christ le Verbe fait homme révèle Dieu, sa parole et ses dons. Il est le Bien-Aimé qui vit à l’intérieur, qui donne et qui demande tout, jusqu’à la mort d’amour.


3. L’homme en voie de transformation. Jean de la Croix parle de l’homme avec un profond respect et un grand amour. En même temps, il lui offre un projet pour sortir de son esclavage et vivre à sa vraie hauteur qui est celle d’un vrai fils de Dieu.


4. La foi, lumière dans la nuit. Dieu s’y communique tel qu’il est, bien que ce soit de nuit ; et par son intermédiaire l’homme peut saisir sa Présence dans la parole révélée, dans l’histoire, dans son cœur.


5. Union d’amour. Nous avons été créés par amour et pour aimer ; tu seras jugé sur l’amour. Telle fut la clé de la vie personnelle de Jean et il en fit également le centre de son message.


6. Oraison et contemplation. Par grâce et par vocation, il s’adonna toute sa vie avec conviction à l’oraison. Maintenant, c’est un maître consommé : connaissance, amour, regard tourné vers le Christ, attention amoureuse.


7. La Beauté. Il faut l’écrire ainsi, avec une majuscule, parce qu’elle condense l’être et les attributs de Dieu. Merveille de la création où Dieu « a entièrement revêtu de dignité et de beauté » les personnes et les choses.


8. Parole et silence. Il avait le don de la parole et la grâce du silence ; non pas séparés mais unis ensemble et fondus. Sa parole est silencieuse, et son silence est parole.


Une âme d’artiste :
L’âme du frère Jean est un mélange de sensibilité, de passion, d’imagination et de rationalité. Il est plein de délicatesse dans ses rapports avec les personnes et avec la nature ; il l’est également dans sa relation à Dieu. « Il était reconnaissant, nous dit le sacristain de Grenade, envers quiconque déposait une rose ou un œillet devant le Saint Sacrement… ». Quand il peut, il décore lui-même l’église, prépare les représentations, les couplets et les chants pour célébrer les mystères du Seigneur.


Son goût du beau transparaît de multiples façons. Il a réalisé des œuvres de peinture et de sculpture. Le Christ d’Avila dénote de son inspiration et de son habileté. Il sculpte également dans le bois avec un canif des statuettes du Christ et de la Vierge.


Son goût pour la musique est l’un de ceux qu’il extériorise le plus spontanément. Ses poèmes sont faits de strophes ou « canciones », qui sont effectivement chantées. Quand cela ne vient pas rompre le climat de silence du couvent, il chante facilement.


Cela nous permet de comprendre que la couleur et la musicalité de ses poèmes ne sont pas quelque chose de fortuit.


Cet homme, plein de vie et de dynamisme, n’aime pas qu’on parle de lui. Ses contemporains le décrivent comme quelqu’un de silencieux, de discret, de réservé, d’avisé, de circonspect et d’intérieur, pour tout ce qui concerne les expériences spirituelles. Il se tait également sur les faits de sa vie qui sont du domaine public : il n’écrit rien sur ses fondations, ses voyages, les services rendus, les souffrances, les œuvres réalisées, les personnes, les dates, les lieux ; Il est l’homme du silence. « Se taire et agir », telle est l’une de ses consignes.


S’il ne dit rien directement de ses expériences intimes dans sa relation à Dieu, ses écrits sont néanmoins la confession de son expérience. Il les a vécus, pensés, écrits, expliqués, relus, retouchés. Ce sont l’œuvre de ses mains, de son esprit et de son cœur. Nous connaissons presque en détail la trajectoire du Cantico espiritual. Il s’identifie à ce poème jailli dans le cachot de Tolède. Là même, il le récite et le chante d’innombrables fois pour la consolation de son âme. Quelques années plus tard, il en rédigera le commentaire. Jean de la Croix est incapable de se détacher de cet enfant de prédilection qui lui est né en prison. Il chante le poème, le prolonge, le réordonne. Il lit et relit le commentaire, met des annotations dans la marge ou entre les lignes. Il revit avec de nouvelles lumières l’expérience qu’il avait réussi un jour à formuler avec tant de force et de beauté. Il se passe quelque chose de semblable avec tous ses autres écrits.


D’après Dieu parle dans la nuit, St Jean de la Croix, sa vie, son message, son milieu , édizioni Teresiane Arenzano, 1991, Article Federico Ruiz, Page 4 et suivantes.