Soyez toujours dans la joie du Seigneur !

27 mars 2012

Message pour la JMJ 2012

A l’occasion du dimanche des Rameaux, date de la célébration annuelle des JMJ lorsqu’elles ne sont pas convoquées dans une grande métropole, le Pape adresse un message aux jeunes. Il contient également un appel à s’engager dans l’un des états de vie que l’Eglise connaît : se marier, être prêtre, religieux, religieuse...

Chers jeunes,
Je suis heureux de pouvoir à nouveau m’adresser à vous à
l’occasion de la XXVIIème Journée Mondiale de la Jeunesse. Le
souvenir de la rencontre de Madrid, en août dernier, reste très présent à mon
esprit. Ce fut un temps de grâce exceptionnel au cours duquel Dieu a béni les
jeunes présents, venus du monde entier. Je rends grâce à Dieu pour tout ce qu’il
a fait naître lors de ces journées, et qui ne manquera pas de porter du fruit à
l’avenir pour les jeunes et pour les communautés auxquelles ils appartiennent. A
présent nous sommes déjà orientés vers le prochain rendez-vous de Rio de Janeiro
en 2013, qui aura pour thème « Allez, de toutes les nations faites des
disciples ! » (cf. Mt 28, 19)
Cette année, le thème de la Journée
Mondiale de la Jeunesse nous est donné par une exhortation de la lettre de saint
Paul apôtre aux Philippiens : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! »
(Ph 4, 4). La joie, en effet, est un élément central de l’expérience
chrétienne. Et au cours de chaque Journée Mondiale de la Jeunesse, nous faisons
l’expérience d’une joie intense, la joie de la communion, la joie d’être
chrétiens, la joie de la foi. C’est une des caractéristiques de ces rencontres.
Et nous voyons combien cette joie attire fortement : dans un monde souvent
marqué par la tristesse et les inquiétudes, la joie est un témoignage important
de la beauté de la foi chrétienne et du fait qu’elle est digne de
confiance.
L’Eglise a pour vocation d’apporter au monde la joie, une joie
authentique qui demeure, celle que les anges ont annoncé aux bergers de Bethléem
la nuit de la naissance de Jésus (cf. Lc 2, 10) : Dieu n’a pas seulement
parlé, il n’a pas seulement accompli des signes prodigieux dans l’histoire de
l’humanité, Dieu s’est fait tellement proche qu’il s’est fait l’un de nous et a
parcouru toutes les étapes de la vie humaine. Dans le difficile contexte actuel,
tant de jeunes autour de vous ont un immense besoin d’entendre que le message
chrétien est un message de joie et d’espérance ! Aussi, je voudrais réfléchir
avec vous sur cette joie, sur les chemins pour la trouver, afin que vous
puissiez en vivre toujours plus profondément et en être les messagers autour de
vous.

1. Notre cœur est fait pour la joie
L’aspiration à la joie
est imprimée dans le cœur de l’homme. Au-delà des satisfactions immédiates et
passagères, notre cœur cherche la joie profonde, parfaite et durable qui puisse
donner du "goût" à l’existence. Et cela est particulièrement vrai pour vous,
parce que la jeunesse est une période de continuelle découverte de la vie, du
monde, des autres et de soi-même. C’est un temps d’ouverture vers l’avenir où se
manifestent les grands désirs de bonheur, d’amitié, de partage et de vérité et
durant lequel on est porté par des idéaux et on conçoit des projets.
Chaque
jour, nombreuses sont les joies simples que le Seigneur nous offre : la joie de
vivre, la joie face à la beauté de la nature, la joie du travail bien fait, la
joie du service, la joie de l’amour sincère et pur. Et si nous y sommes
attentifs, il y a de nombreux autres motifs de nous réjouir : les bons moments
de la vie en famille, l’amitié partagée, la découverte de ses capacités
personnelles et ses propres réussites, les compliments reçus des autres, la
capacité de s’exprimer et de se sentir compris, le sentiment d’être utile à
d’autres. Il y a aussi l’acquisition de nouvelles connaissance que nous faisons
par les études, la découverte de nouvelles dimensions par des voyages et des
rencontres, la capacité de faire des projets pour l’avenir. Mais également lire
une œuvre de littérature, admirer un chef d’œuvre artistique, écouter ou jouer
de la musique, regarder un film, tout cela peut produire en nous de réelles
joies.
Chaque jour, pourtant, nous nous heurtons à tant de difficultés et
notre cœur est tellement rempli d’inquiétudes pour l’avenir, qu’il nous arrive
de nous demander si la joie pleine et permanente à laquelle nous aspirons n’est
pas une illusion et une fuite de la réalité. De nombreux jeunes s’interrogent :
aujourd’hui la joie parfaite est-elle vraiment possible ? Et ils la recherchent
de différentes façons, parfois sur des voies qui se révèlent erronées, ou du
moins dangereuses. Comment distinguer les joies réellement durables des plaisirs
immédiats et trompeurs ? Comment trouver la vraie joie dans la vie, celle qui
dure et ne nous abandonne pas, même dans les moments difficiles ?

2. Dieu
est la source de la vraie joie
En réalité, les joies authentiques, que ce
soient les petites joies du quotidien comme les grandes joies de la vie, toutes
trouvent leur source en Dieu, même si cela ne nous apparaît pas immédiatement.
La raison en est que Dieu est communion d’amour éternel, qu’il est joie infinie
qui n’est pas renfermée sur elle-même mais qui se propage en ceux qu’il aime et
qui l’aiment. Dieu nous a créés par amour à son image afin de nous aimer et de
nous combler de sa présence et de sa grâce. Dieu veut nous faire participer à sa
propre joie, divine et éternelle, en nous faisant découvrir que la valeur et le
sens profond de notre vie réside dans le fait d’être accepté, accueilli et aimé
de lui, non par un accueil fragile comme peut l’être l’accueil humain, mais par
un accueil inconditionnel comme est l’accueil divin : je suis voulu, j’ai ma
place dans le monde et dans l’histoire, je suis aimé personnellement par Dieu.
Et si Dieu m’accepte, s’il m’aime et que j’en suis certain, je sais de manière
sûre et certaine qu’il est bon que je sois là et que j’existe.
C’est en Jésus
Christ que se manifeste le plus clairement l’amour infini de Dieu pour chacun.
C’est donc en lui que se trouve cette joie que nous cherchons. Nous voyons dans
les Evangiles comment chaque événement qui marque les débuts de la vie de Jésus
est caractérisé par la joie. Lorsque l’ange Gabriel vient annoncer à la Vierge
Marie qu’elle deviendra la mère du Sauveur, il commence par ces mots :
« Réjouis-toi ! » (Lc 1, 28). Lors de la naissance du Christ, l’ange du
Seigneur dit aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie qui sera
celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ
Seigneur. » (Lc 2, 11) Et les mages qui cherchaient le nouveau-né,
« quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie ». (Mt
2, 10) Le motif de cette joie est donc la proximité de Dieu, qui s’est fait l’un
de nous. C’est d’ailleurs ainsi que l’entendait saint Paul quand il écrivait aux
chrétiens de Philippes : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! Laissez-moi
vous le redire : soyez dans la joie ! Que votre sérénité soit connue de tous les
hommes. Le Seigneur est proche. » (Ph 4, 4-5) La première cause de notre
joie est la proximité du Seigneur, qui m’accueille et qui m’aime.
En réalité
une grande joie intérieure naît toujours de la rencontre avec Jésus. Nous le
remarquons dans de nombreux épisodes des Evangiles. Voyons par exemple la visite
que Jésus fit à Zachée, un collecteur d’impôt malhonnête, un pécheur public
auquel Jésus déclare « il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ». Et Zachée,
comme saint Luc le précise, « le reçut avec joie » (Lc 19, 5-6). C’est la
joie d’avoir rencontré le Seigneur, de sentir l’amour de Dieu qui peut
transformer toute l’existence et apporter le salut. Zachée décide alors de
changer de vie et de donner la moitié de ses biens aux pauvres.
A l’heure de
la passion de Jésus, cet amour se manifeste dans toute sa grandeur. Dans les
derniers moments de sa vie sur la terre, à table avec ses amis, il leur dit :
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
(…) Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous, et que votre joie
soit parfaite.  » (Jn 15, 9.11) Jésus veut introduire ses disciples
et chacun d’entre nous dans la joie parfaite, celle qu’il partage avec son Père,
pour que l’amour dont le Père l’aime soit en nous (cf. Jn 17, 26). La
joie chrétienne est de s’ouvrir à cet amour de Dieu et d’être possédé par
lui.
Les Evangiles nous racontent que Marie-Madeleine et d’autres femmes
vinrent visiter le tombeau où Jésus avait été déposé après sa mort et reçurent
d’un ange l’annonce bouleversante de sa résurrection. Elles quittèrent vite le
tombeau, comme le note l’Evangéliste, « tout émues et pleines de joie » et
coururent porter la joyeuse nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à
leur rencontre et leur dit : « Je vous salue ! » (Mt 28, 8-9). C’est la
joie du salut qui leur est offerte : le Christ est vivant, il est celui qui a
vaincu le mal, le péché et la mort. Et il est désormais présent avec nous, comme
le Ressuscité, jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28, 20). Le mal n’a pas le
dernier mot sur notre vie. Mais la foi dans le Christ Sauveur nous dit que
l’amour de Dieu est vainqueur.
Cette joie profonde est un fruit de l’Esprit
Saint qui fait de nous des fils de Dieu, capables de vivre et de goûter sa
bonté, en nous adressant à lui avec l’expression "Abba", Père (cf. Rm
8 ,15). La joie est le signe de sa présence et de son action en
nous.

3. Garder au cœur la joie chrétienne
A présent nous nous
demandons : comment recevoir et garder ce don de la joie profonde, de la joie
spirituelle ?
Un Psaume dit : « Mets ta joie dans le Seigneur : il comblera
les désirs de ton cœur » (Ps 36, 4). Et Jésus explique que « le Royaume
des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a
découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède,
et il achète ce champ » (Mt 13, 44). Trouver et conserver la joie
spirituelle procède de la rencontre avec le Seigneur, qui demande de le suivre,
de faire un choix décisif, celui de tout miser sur lui. Chers jeunes, n’ayez pas
peur de miser toute votre vie sur le Christ et son Evangile : c’est la voie pour
posséder la paix et le vrai bonheur au fond de notre cœur, c’est la voie de la
véritable réalisation de notre existence de fils de Dieu, créés à son image et à
sa ressemblance.
Mettre sa joie dans le Seigneur : la joie est un fruit de la
foi, c’est reconnaître chaque jour sa présence, son amitié : « Le Seigneur est
proche » (Ph 4,5). C’est mettre notre confiance en lui, c’est grandir
dans la connaissance et dans l’amour pour lui. L’"Année de la foi", dans
laquelle nous allons bientôt entrer, nous y aidera et nous encouragera. Chers
amis, apprenez à voir comment Dieu agit dans vos vies, découvrez-le caché au
cœur des événements de votre quotidien. Croyez qu’il est toujours fidèle à
l’alliance qu’il a scellé avec vous au jour de votre Baptême. Sachez qu’il ne
vous abandonnera jamais. Et tournez souvent les yeux vers lui. Sur la croix, il
a donné sa vie par amour pour vous. La contemplation d’un tel amour établit en
nos cœurs une espérance et une joie que rien ne peut vaincre. Un chrétien ne
peut pas être triste quand il a rencontré le Christ qui a donné sa vie pour
lui.
Chercher le Seigneur, le rencontrer dans notre vie signifie également
accueillir sa Parole, qui est joie pour le cœur. Le prophète Jérémie écrit :
« Quand tes paroles se présentaient je les dévorais : ta parole était mon
ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr 15,16). Apprenez à lire et
à méditer l’Ecriture Sainte, vous y trouverez la réponse aux questions profondes
de vérité qui habitent votre cœur et votre esprit. La Parole de Dieu nous fait
découvrir les merveilles que Dieu a accomplies dans l’histoire de l’homme et
elle pousse à la louange et à l’adoration, pénétrées par la joie : « Venez
crions de joie pour le Seigneur,… prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous
a faits » (Ps 94, 1.6).
La liturgie est par excellence le lieu où
s’exprime cette joie que l’Eglise puise dans le Seigneur et transmet au monde.
Ainsi chaque dimanche, dans l’Eucharistie, les communautés chrétiennes célèbrent
le Mystère central du Salut : la mort et la résurrection du Christ. C’est le
moment fondamental du cheminement de tout disciple du Seigneur, où se rend
visible son Sacrifice d’amour. C’est le jour où nous rencontrons le Christ
Ressuscité, où nous écoutons sa Parole et nous nourrissons de son Corps et de
son Sang. Un Psaume proclame : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit
pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 24). Et dans la nuit de
Pâques, l’Eglise chante l’Exultet, expression de joie pour la victoire du
Christ Jésus sur le péché et sur la mort : « Exultez de joie, multitude des
anges… sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux… entends
vibrer dans ce lieu saint l’acclamation de tout un peuple ! ». La joie
chrétienne naît de se savoir aimé d’un Dieu qui s’est fait homme, qui a donné sa
vie pour nous, a vaincu le mal et la mort ; et c’est vivre d’amour pour lui.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, jeune carmélite, écrivait : « Jésus, ma joie,
c’est de t’aimer ! » (Pn 45, 21 janvier 1897).

4. La joie de
l’amour
Chers amis, la joie est intimement liée à l’amour : ce sont deux
fruits de l’Esprit inséparables (cf. Ga 5, 23). L’amour produit la joie
et la joie est une forme d’amour. La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta,
faisant écho aux paroles de Jésus : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à
recevoir » (Ac 20, 35), disait : « La joie est une chaîne d’amour, pour
gagner les âmes. Dieu aime qui donne avec joie. Et celui qui donne avec joie
donne davantage ». Et le Serviteur de Dieu Paul VI écrivait : « En Dieu
lui-même, tout est joie parce que tout est don » (Exhort. Ap. Gaudete in
Domino
, 9 mai 1975).
En pensant aux différents aspects de votre vie, je
voudrais vous dire qu’aimer requiert de la constance et de la fidélité aux
engagements pris. Cela vaut d’abord pour les amitiés : nos amis attendent de
nous que nous soyons sincères, loyaux et fidèles, parce que l’amour vrai est
persévérant surtout dans les difficultés. Cela vaut aussi pour le travail, les
études et les services que vous rendez. La fidélité et la persévérance dans le
bien conduisent à la joie, même si elle n’est pas toujours immédiate.
Pour
entrer dans la joie de l’amour, nous sommes aussi appelés à être généreux, à ne
pas nous contenter de donner le minimum, mais à nous engager à fond dans la vie,
avec une attention particulière pour les plus pauvres. Le monde a besoin
d’hommes et de femmes compétents et généreux, qui se mettent au service du bien
commun. Engagez-vous à étudier sérieusement ; cultivez vos talents et mettez-les
dès à présent au service du prochain. Cherchez comment contribuer à rendre la
société plus juste et plus humaine, là où vous êtes. Que dans votre vie tout
soit guidé par l’esprit de service et non par la recherche du pouvoir, du succès
matériel et de l’argent.
A propos de générosité, je ne peux pas ne pas
mentionner une joie particulière : celle qui s’éprouve en répondant à la
vocation de donner toute sa vie au Seigneur. Chers jeunes, n’ayez pas peur de
l’appel du Christ à la vie religieuse, monastique, missionnaire ou au sacerdoce.
Soyez certains qu’il comble de joie ceux qui, lui consacrant leur vie dans cette
perspective, répondent à son invitation à tout laisser pour rester avec lui et
se dédier avec un cœur indivis au service des autres. De même, grande est la
joie qu’il réserve à l’homme et à la femme qui se donnent totalement l’un à
l’autre dans le mariage pour fonder une famille et devenir signe de l’amour du
Christ pour son Eglise.
Je voudrais mentionner un troisième élément pour
entrer dans la joie de l’amour : faire grandir dans votre vie et dans la vie de
votre communauté la communion fraternelle. Il y a un lien étroit entre la
communion et la joie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’exhortation de
saint Paul est un pluriel : il ne s’adresse pas à chacun individuellement, mais
affirme « soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4). C’est
seulement ensemble, en vivant la communion fraternelle, que nous pouvons faire
l’expérience de cette joie. Le livre des Actes des Apôtres décrit ainsi
la première communauté chrétienne : « Ils partageaient le pain dans leurs
maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur »
(Ac 2, 46). Vous aussi, engagez-vous pour que les communautés chrétiennes
puissent être des lieux privilégiés de partage, d’attention et de prévenance les
uns envers les autres.

5. La joie de la conversion
Chers amis, pour
vivre la vraie joie, il faut aussi repérer les tentations qui vous en éloignent.
La culture actuelle pousse souvent à rechercher des objectifs, des réalisation
et des plaisirs immédiats, favorisant plus l’inconstance que la persévérance
dans l’effort et la fidélité aux engagements. Les messages que vous recevez vous
poussent à entrer dans la logique de la consommation en vous promettant des
bonheurs artificiels. Or l’expérience montre que l’avoir ne coïncide pas avec la
joie : beaucoup de personnes ne manquant pourtant d’aucun bien matériel sont
souvent affligées par la désespérance, la tristesse et ressentent la vacuité de
leur vie. Pour rester dans la joie, nous sommes invités à vivre dans l’amour et
la vérité, à vivre en Dieu.
La volonté de Dieu, c’est que nous soyons
heureux. C’est pour cela qu’il nous donné des indications concrètes pour notre
route : les Commandements. En les observant nous trouvons le chemin de la vie et
du bonheur. Même si à première vue ils peuvent apparaître comme un ensemble
d’interdictions, presque un obstacle à la liberté, en réalité si nous les
méditons un peu plus attentivement à la lumière du Message du Christ, ils sont
un ensemble de règles de vie essentielles et précieuses qui conduisent à une
existence menée selon le projet de Dieu. A l’inverse, et nous l’avons constaté
tant de fois, construire en ignorant Dieu et sa volonté provoque la déception,
la tristesse et le sens de l’échec. L’expérience du péché comme refus de le
suivre, comme offense à son amitié, jette une ombre dans notre cœur.
Si
parfois le chemin du chrétien est difficile et l’engagement de fidélité à
l’amour du Seigneur rencontre des obstacles et même des chutes, Dieu, dans sa
miséricorde, ne nous abandonne pas. Il nous offre toujours la possibilité de
retourner à lui, de nous réconcilier avec lui, de faire l’expérience de la joie
de son amour qui pardonne et accueille à nouveau.
Chers jeunes, recourez
souvent au Sacrement de Pénitence et de Réconciliation ! C’est le sacrement de
la joie retrouvée. Demandez à l’Esprit Saint la lumière pour savoir reconnaître
votre péché et la capacité de demander pardon à Dieu en vous approchant souvent
de ce sacrement avec constance, sérénité et confiance. Le Seigneur vous ouvrira
toujours les bras, il vous purifiera et vous fera entrer dans sa joie : « Il y
aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit » (Lc
15, 7).

6. La joie dans les épreuves
Une question, toutefois,
pourrait encore demeurer dans notre cœur : peut-on réellement vivre dans la joie
au milieu des épreuves de la vie, surtout les plus douloureuses et
mystérieuses ? Peut-on vraiment affirmer que suivre le Seigneur et lui faire
confiance nous procure toujours le bonheur ?
La réponse nous est donnée par
certaines expériences de jeunes comme vous, qui ont trouvé dans le Christ
justement, la lumière capable de donner force et espérance, même dans les
situations les plus difficiles. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati (1901-1925)
a traversé de nombreuses épreuves dans sa brève existence, dont une concernant
sa vie sentimentale qui l’avait profondément blessé. Justement dans ce contexte,
il écrivait à sa sœur : « Tu me demandes si je suis joyeux. Comment pourrais-je
ne pas l’être ? Tant que la foi me donnera la force, je serai toujours joyeux !
Chaque catholique ne peut pas ne pas être joyeux (…) Le but pour lequel nous
sommes créés nous indique la voie parsemée aussi de multiples épines, mais non
une voie triste : elle est joie même à travers la souffrance » (Lettre à sa
sœur Luciana
, Turin, 14 février 1925). Et le Bienheureux Jean Paul II, en le
présentant comme modèle, disait de lui : « C’était un jeune avec une joie
entraînante, une joie qui dépassait toutes les difficultés de sa vie »
(Discours aux jeunes, Turin, 13 avril 1980).
Plus proche de nous, la
jeune Chiara Badano (1971-1990), récemment béatifiée, a expérimenté comment la
douleur peut être transfigurée par l’amour et être mystérieusement habitée par
la joie. Agée de 18 ans, alors que son cancer la faisait particulièrement
souffrir, Chiara avait prié l’Esprit Saint, intercédant pour les jeunes de son
mouvement. Outre sa propre guérison, elle demandait à Dieu d’illuminer de son
Esprit tous ces jeunes, de leur donner sagesse et lumière. « Ce fut vraiment un
moment de Dieu, écrit-elle. Je souffrais beaucoup physiquement, mais mon âme
chantait. » (Lettre à Chiara Lubich, Sassello, 20 décembre 1989). La clé
de sa paix et de sa joie était la pleine confiance dans le Seigneur et
l’acceptation de la maladie également comme une mystérieuse expression de sa
volonté pour son bien et celui de tous. Elle répétait souvent : « Si tu le veux
Jésus, je le veux moi aussi ».
Ce sont deux simples témoignages parmi tant
d’autres qui montrent que le chrétien authentique n’est jamais désespéré et
triste, même face aux épreuves les plus dures. Et ils montrent que la joie
chrétienne n’est pas une fuite de la réalité, mais une force surnaturelle pour
affronter et vivre les difficultés quotidiennes. Nous savons que le Christ
crucifié et ressuscité est avec nous, qu’il est l’ami toujours fidèle. Quand
nous prenons part à ses souffrances, nous prenons part aussi à sa gloire. Avec
lui et en lui, la souffrance est transformée en amour. Et là se trouve la joie
(Cf. Col 1, 24).

7. Témoins de la joie
Chers amis, pour
terminer, je voudrais vous exhorter à être missionnaires de la joie. On ne peut
pas être heureux si les autres ne le sont pas : la joie doit donc être partagée.
Allez dire aux autres jeunes votre joie d’avoir trouvé ce trésor qui est Jésus
lui-même. Nous ne pouvons pas garder pour nous la joie de la foi : pour qu’elle
puisse demeurer en nous, nous devons la transmettre. Saint Jean l’affirme : « Ce
que nous avons vu et entendu nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en
communion avec nous [...] Tout ceci nous vous l’écrivons pour que notre joie
soit complète » (1 Jn 1, 3-4).
Parfois, une image du Christianisme est
donnée comme une proposition de vie qui opprimerait notre liberté et irait à
l’encontre de notre désir de bonheur et de joie. Mais ceci n’est pas la vérité !
Les chrétiens sont des hommes et des femmes vraiment heureux parce qu’ils savent
qu’ils ne sont jamais seuls et qu’ils sont toujours soutenus par les mains de
Dieu ! Il vous appartient, surtout à vous, jeunes disciples du Christ, de
montrer au monde que la foi apporte un bonheur et une joie vraie, pleine et
durable. Et si, parfois, la façon de vivre des chrétiens semble fatiguée et
ennuyeuse, témoignez, vous les premiers, du visage joyeux et heureux de la foi.
L’Evangile est la "bonne nouvelle" que Dieu nous aime et que chacun de nous est
important pour lui. Montrez au monde qu’il en est ainsi !
Soyez donc des
missionnaires enthousiastes de la nouvelle évangélisation ! Allez porter à ceux
qui souffrent, à ceux qui cherchent, la joie que Jésus veut donner. Portez-la
dans vos familles, vos écoles et vos universités, vos lieux de travail et vos
groupes d’amis, là où vous vivez. Vous verrez qu’elle est contagieuse. Et vous
recevrez le centuple : pour vous-même la joie du salut, la joie de voir la
Miséricorde de Dieu à l’œuvre dans les cœurs. Et, au jour de votre rencontre
définitive avec le Seigneur, il pourra vous dire : « Serviteur bon et fidèle,
entre dans la joie de ton maître ! » (Mt 25, 21)
Que la Vierge Marie
vous accompagne sur ce chemin. Elle a accueilli le Seigneur en elle et elle l’a
annoncé par un chant de louange et de joie, le Magnificat  : « Mon âme
exalte le Seigneur, mon esprit tressail
le de joie en Dieu mon Sauveur »
(Lc 1, 46-47). Marie a pleinement répondu à l’amour de Dieu par une vie
totalement consacrée à lui dans un service humble et total. Elle est appelée
"cause de notre joie" parce qu’elle nous a donné Jésus. Qu’elle vous introduise
à cette joie que nul ne pourra vous ravir !
Du Vatican, le 15 mars 2012
Benoit XVI